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Al-Hikam

Paroles de sagesses

de L’Imâm Ibn 'Atâ'illâh As-Sakandarî


   

Chapitre 19

 

182- Il se peut que soit favorisé du don des prodiges quelqu'un dont la conduite n'est pas parfaite.

183- C'est signe que Dieu Réalité t'a placé dans tel état, s'Il t'y maintient longtemps et que tu en retires des avantages spirituels.

184- Qui parle assis sur le tapis de ses bonnes actions est contraint de se taire lorsqu'il faute ; mais qui parle assis sur le tapis des bienfaits de Dieu envers lui ne se tait pas lorsqu'il a fauté.

185- L'illumination des sages précède leur parole ; toutes les fois que se produit l'illumination arrive l'expression.

186- Toute parole proférée porte l'habit du coeur d'où elle émane.

187- Celui qui a été autorisé à parler charme par ses paroles les oreilles des créatures, et ses allusions subtiles leur deviennent sensibles.

188- Il se peut que tu exposes les Réalités et que leurs lumières soient éclipsées si tu n'as pas reçu l'autorisation de les manifester.

189- Leur expression est l'effet, soit d'un débordement de l'extase, soit du dessein de guider un aspirant. Le premier cas est celui des gens qui marchent sur la voie (sâlikûn), le second celui des Maîtres affermis, qui ont réalisé la Vérité

190- Leurs paroles sont un aliment pour les cœurs des auditeurs qui en ont besoin ; ne te concernent que celles que tu peux assimiler.


 

191- Il se peut que parle d'une station (maqâm) quelqu'un qui l'a entrevue. Il se peut qu'en parle qui y est parvenu. Ne sait distinguer l'un de l'autre que celui qui possède l'intelligence du coeur 

(çahib al-baçîra).

192- Il ne convient pas à qui marche dans la voie (sâlik) qu'il parle des grâces qui lui sont prodiguées (wâridat) ; cela diminuerait leur influence sur son coeur et s'opposerait à ce qu'il soit sincère avec son Seigneur au moment où il est favorisé.

193- Ne tends pas la main pour recevoir (les dons) des créatures, à moins que tu ne vois que celui qui donne par leurs mains, c'est ton Seigneur; S'il en est ainsi, reçois ce qui est conforme aux règles de la loi.

194- Il se peut que le connaissant s'abstienne d'exposer son besoin à son Seigneur par acceptation de la Volonté divine. Comment alors ne s'abstiendrait-il pas de l'exposer aux créatures ?

 

                              

Chapitre 20

 
195- Si tu hésites entre deux choses, choisis la plus déplaisante à ton âme passionnelle, et suis-là ; en effet ne lui déplaît que ce qui est juste.

196- C'est signe que l'on suit son caprice que de s'empresser d'accomplir des actes pieux surérogatoires et d'éprouver de l'ennui à exécuter les actes obligatoires.

197- Dieu a fixé des heures pour les actes d'obéissance afin que tu n'en sois pas privé par la tentation de les remettre à plus tard ; mais pour chacun, Il a largement mesuré le délai, afin qu'il te reste la possibilité du libre choix.

198- Il connaît le peu d'empressement des hommes (ibâd) à Le servir ; aussi leur a-t-Il imposé des actes d'obéissance et les a-t-Il ainsi amenés à Lui, enchaînés dans les fers des obligations. 
"Ton Seigneur s'étonne que des gens soient menés au paradis par des chaînes" (Hadîth).

199- Il t'oblige à Le servir par certains actes. Mai en fait, Il ne t'oblige qu'à entrer dans Son paradis.

200- Qui s'étonne que Dieu puisse le délivrer de sa passion et le sortir de son état de négligence entacherait de faiblesse la Puissance divine, car "Dieu est sur tout chose puissant" 
(Coran XVIII, 44).

201- Il peut arriver que Dieu te plonge dans les ténèbres. Par-là, Il te fait connaître l'importance des grâces lumineuses dont Il t'a favorisé antérieurement.

 

202- Qui ne reconnaît pas l'importance des bienfaits au moment où la comprendra lorsqu'il en sera privé.

203- Que l'arrivée des grâces ne te stupéfie pas au point de négliger ta dette de reconnaissance envers Lui. Cette négligence abaisserait ton rang.

204- Si la douceur de la passion s'empare du coeur, la guérison devient très difficile.

205- Ne peut chasser du coeur l'appétit sensuel qu'une crainte harcelante ou un désire qui ne s'apaise jamais.

206- De même qu'Il n'aime pas l'œuvre partagée, ainsi n'aime-t-il pas le coeur qui associe autre chose à Dieu. L'œuvre intéressé n'est acceptée par Lui, et du coeur associateur Il ne s'approche pas.

 

                                        

Chapitre 21


207- Des lumières ont été autorisés à parvenir jusqu'au coeur ; d'autres lumières ont été autorisées à la pénétrer.

208- Souvent les lumières sont arrivées à toi, mais trouvant ton coeur plein des images des créatures, elles sont retournées là d'où elles venaient.

209- Vide ton coeur de tout ce qui n'est pas Dieu, il s'emplira de connaissance et de mystères.

210- N'attribue pas à Dieu le retard apporté dans l'octroi de Ses dons ; mais reconnais le retard apporté par toi-même à te tourner vers Lui.

211- Certains devoirs prescrits à temps fixe peuvent être remplis plus tard ; les devoirs de chaque moment, cependant, ne peuvent être différés. Chaque moment qui survient comporte pour toi un nouveau devoir envers Dieu et une occupation urgente ; or, comment pourrais-tu, à tel moment, remplir le devoir d'un autre moment, alors que tu ne satisfaits même pas au droit divin
à l'heure ?

212- Le temps écoulé de ta vie ne peut être remplacé et celui dont tu as bénéficié (en l'employant en actes pires) n'a pas de prix.

213- Tu n'aimes pas une chose sans en être l'esclave, or Lui ne veut pas que tu sois l'esclave d'un autre que Lui.


214- Ni ton obéissance ne lui est profitable, ni ta désobéissance ne Lui porte préjudice. Il t'ordonne tel acte et t'interdit tel autre uniquement dans ton intérêt.

215- Ni n'augmente Sa gloire le fait que quelqu'un vient à Lui ; ni ne diminue le fait que quelqu'un se détourne de Lui.

 

                                 

Chapitre 22


216- Pour toi, arriver à Dieu, c'est arriver à Le connaître ; sinon, Dieu est trop élevé pour que quoi que ce soit se joigne à Lui, ou pour que Lui se joigne à quoi que ce soit.

217- Pour toi, être près de Lui, c'est que tu vois Sa proximité ; sinon, quel rapport y a-t-il entre toi et l'existence de Sa proximité ?

218- Dans l'état de "dévoilement" (tajallî)
 les réalités spirituelles se manifestent indistinctement ; leur élucidation ne se fait qu'après l'état de concentration : "Lorsque Nous te dictons le Livre, suis-en le texte. Il Nous appartient, dans la suite, d'en éclairer le sens". (Coran XXI, 18).

219- Quand arrive à toi les inspirations divines (wâridât), elles détruisent tes habitudes.
"Certes, lorsque les rois pénètrent dans une bourgade, ils la saccagent".                 
(Coran XXVII, 17-18).

220- L'inspiration (wârid)
 vient de la Présence invincible. Aussi, tout ce qui s'y oppose, elle le fracasse : "Mais nous laçons la Vérité contre l'erreur ; elle la frappe à la tête, et la voici anéantie". 
(Coran XXI, 18).

221- Comment Dieu-Réalité serait-Il voilé par une chose alors qu'en cette chose qui Le voilerait Il est apparent, existant, présent.

222- Ne désespère pas de voir agréer un acte dans lequel tu n'éprouves pas Sa présence. Il se peut qu'Il agrée un acte alors que tu n'en atteins pas promptement le fruit.

 

223- Ne considère pas comme valable une inspiration (wârid) dont tu ignores le fruit ; ce que l'on désire du nuage, ce n'est pas la pluie, mais seulement les fruits qui résulteront de celle-ci.

224- Ne recherche pas la persistance des inspirations après qu'elles ont étendu sur toi leurs lumières et placé en toi leurs mystères. Dieu doit te tenir lieu de toute chose, et rien ne peut pour toi remplacer Dieu.

225- Ton désir de voir persister quelque chose d'autre que Lui, est la preuve que tu ne L'as pas trouvé. Ta tristesse d'avoir perdu quelque chose en dehors de Lui est la preuve que tu n'es pas arrivé à Lui.

                                          

Chapitre 23

 

 226- Le bonheur, quelle que soit la variété de ses aspects, n'existe vraiment qu'en la présence de Dieu et Sa proximité. La souffrance, quelle que soit la variété de ses aspects, n'existe que par le voile qui Le cache.

La cause de la souffrance est donc l'existence du voile ; et la perfection du bonheur est la contemplation de Sa face généreuse.

227- Les cœurs ne sont accablés d'inquiétudes et de tristesses que parce qu'ils sont empêchés de Le voir.

228- C'est par une parfaite bienveillance envers toi qu'Il te donne ce qui te suffit et te prive de ce qui te rendrait impie.

229- Que peu de chose te rendent joyeux, pour que peu t'attristent.

230- Si tu ne veux pas être destitué, ne te charge pas d'une fonction qui ne dure pas.

231- Si les débuts (des charges mondaines) te séduisent, leur fin t'y fera renoncer. Si leur aspect extérieur t'attire, leur réalité interne te repoussera.

232- Il n'a fait de ce bas monde un lieu de tracas, une mine où abondent les ennuis, que pour t'inciter à y renoncer.


233- Il savait que tu n'accepterais pas un conseil nu, aussi t'a-t-il fait goûter des amertumes qui te faciliteront le renoncement.

234- La "science utile" est celle dont les rayons se répandent dans la poitrine et qui lève le voile du coeur.

235- La meilleure des sciences et celle qu'accompagne la crainte de Dieu.

236- La science, si l'accompagne la crainte de Dieu, est à ton bénéfice ; sinon, à ton détriment.

237- Toutes les fois que tu souffres de ce que les gens ne s'empressent pas vers toi, ou de ce qu'ils te décochent leurs blâmes, reviens à la connaissance que Dieu a de toi.
Si ne te suffit pas cette connaissance, le fait de ne pas t'en contenter est un malheur plus grand pour toi que l'existence de la malveillance des créatures.

238- Il ne t'a tourmenté par l'intermédiaire des hommes qu'afin que tu ne te reposes pas tranquillement sur eux. Il a voulu que les tracas t'éloignent de toute chose afin que rien ne te distraie de Lui.


239- Si tu sais que Satan ne te néglige pas, ne néglige pas, toi, Celui dans la main duquel est la "mèche de ton occiput".

240- Il a fait de Satan ton ennemi afin que celui-ci te traque jusqu'à ce que tu te réfugies auprès de Dieu ; et Il a mis en mouvement ton âme passionnelle afin que sans cesse tu te tournes vers Lui.

                                                     

                                    

Chapitre 24

241- Qui prétend être humble est en réalité orgueilleux. En effet ne peut s'abaisser que l'homme en rang élevé ; or, si tu prétends avoir un rang élevé, c'est que tu es orgueilleux.

242- Ce n'est pas humilité véritable que se considérer, après s'être humilié, comme au-dessus du rang (choisi par soi-disant humilité). L'humilité véritable est celle de celui qui, s'étant humilié, se sent mériter un rang encore inférieur.

243- La vraie humilité naît de la contemplation de Sa grandeur et de la révélation de Ses qualités.

244- Ne te débarrassera de ta qualité que la contemplation de Sa Qualité.

245- Le croyant absorbé par la louange qu'il adresse au Très-Haut, est détourné de se louer lui-même. Occupé de ses devoirs envers Dieu, il ne peut se souvenir de ses propres mérites.

246- N'est pas amoureux véritable celui qui espère de l'aimé une compensation et recherche en lui un profit. T'aime qui se donne à toi, et non celui pour qui tu te dépenses.


247- Si n'existait l'arène où l'on combat les passions, ne se réaliserait pas la marche des "voyageurs" (sâlikûn), car il n'y a pas entre Lui et toi de distance telle qu'il te faille voyager pour la franchir, ni d'obstacle à aplanir pour pouvoir arriver jusqu'à Lui.

248- Il t'a placé dans le monde intermédiaire, entre le monde terrestre (mulk) et le monde angélique (malakût),  afin de t'enseigner l'élévation de ton rang parmi Ses créatures et afin que tu saches que tu es une perle enveloppé par les coquilles de Sa création.

249- L'Univers peut te contenir seulement en ce qui concerne ta corporéité, mais il ne le peut au regard de ta nature spirituelle.

250- Celui qui est dans l'Univers et auquel n'a pas été ouvertes les arènes des mystères est emprisonné par ce qui l’entoure et enfermé dans l’édifice de son corps.

251- Tu appartiens aux choses créées tant que tu ne vois pas la Créateur. Lorsque tu Le vois, ce sont les choses créées qui t'appartiennent.


252- La qualité d'élu (khuçuçiyya) n'anéantit pas la faiblesse humaine (bashariyya). Mais cette qualité peut être comparé au lever du soleil qui donne la lumière du jour. L'astre apparaît à l'horizon et n'en fait pas partie.
Parfois le soleil de Ses attributs se lève sur la nuit de ton existence, parfois Il te retire cette faveur et te rend à ta limitation. Le jour ne provient pas de toi et ne t'appartient pas, mais il arrive sur toi.

253- Par Ses œuvres, Il prouve l'existence de Ses noms ; par l'existence de Ses noms, Il atteste l'existence de Ses qualités ; et par l'existence de Ses qualités, Il prouve la réalité de Son essence, car il est inconcevable qu'une qualité existe par elle-même.


254- Aux "ravis" (majdhûbûn), Il dévoile d'abord la perfection de Son essence, puis Il les renvoie à la contemplation de Ses qualités, puis Il les ramène à l'attachement de Ses noms et enfin à la contemplation de Ses œuvres. Les "voyageurs" (sâlikûn) se trouvent dans une situation inverse, car l'étape finale des "voyageurs" et la première des "ravis" ; et l'étape première des "voyageurs" est la dernière des "ravis", mais en un sens différent. Il arrive ainsi qu'ils se rencontrent en route, les uns en montant et les autres en descendant.

255- La puissance des lumières qui illuminent les cœurs et leurs consciences intimes n'est connue que dans l'invisible monde angélique, de même que n'apparaissent les lumières des astres célestes qu'en ce monde visible.

256- Goûter les fruits des actes d'obéissance dans l'immédiat annonce à leurs auteurs la récompense future.

257- Comment demanderais-tu une rétribution pour un acte qu'Il t'a accordé de faire, ou comment demanderais-tu une récompense pour la sincérité avec laquelle, par Sa faveur, tu l'as accompli ?

258- Pour certains, les lumières (de leur coeur) précèdent les invocations (adkhâr) ; pour d'autres, les invocations précèdent ces lumières. Tel invoque (Dieu) afin que son coeur soit illuminé, tel autre L'invoque parce que son coeur est illuminé.

259- Le souvenir (dhikr) de Dieu ne se manifeste extérieurement (sous forme d'invocation) que par suite d'une vision et d'une compréhension intérieures.

260- Il t'a rendu témoin (de Sa réalité) avant de demander ton témoignage. Ainsi, les choses extérieures proclament Sa divinité, tandis que les cœurs et les consciences intimes réalisent Son unité.

261- Il t'a accordé trois faveurs insignes (karamât) :

1- en t'accordant de L'invoquer (ou de le mentionner), car, sans Sa grâce, tu ne serais pas digne de pratiquer Son invocation (ou mention) ;
2- en te gratifiant de la faveur d'être mentionné par lui, confirmant ainsi Sa relation avec toi ;
3- en te faisant l'honneur d'être mentionné auprès de Lui, ce par quoi Il a achevé Sa munificence envers toi.

262- Que de vies de longues durée ont été pauvre en grâces, et que de vies de courte durée ont été riches en grâces !

263- Celui dont la vie est bénie en peu de temps des faveurs divines telles qu'elles dépassent toute expression et échappent à toute allusion.

264- C'est être complètement abandonné (de Dieu) que, débarrassé d'occupations, ne pas s'avancer vers Lui, ou, les obstacles ayant diminué, ne pas voyager vers Lui.

265- La méditation (fikra), c'est le voyage du coeur dans les arènes des choses créées.

266- La méditation est le flambeau du coeur ; lorsqu'elle disparaît, rien ne l'éclaire.

267- Il y a deux sortes de méditation, l'une provenant d'assentiment et de foi, l'autre de contemplation et de vision. La première est celle de ceux qui réfléchissent ; la seconde, celle de ceux qui contemplent et discernent.

 

 

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