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Ne nous faisons pas d'illusion : une loi contre la burqa ou une loi contre le niqab ne changera rien à la sécurité de la France. Une telle loi n'apportera rien de nouveau à la condition de la femme. Mais, incontestablement, cette nouvelle loi française visant exclusivement des citoyennes françaises de confession musulmane, sera un nouveau trophée au tableau de chasse des islamophobes français.



Il aura fallu trois salves pour toucher la cible. Les députés se sont acharnés. Françoise Hostalier a tiré la première en stigmatisant la burqa et le niqab. Jacques Myard les a criminalisés. André Gérin va les éradiquer. Isolé dans son propre parti, en quête de visibilité nationale, ce député communiste anti-burqa a trouvé une bien belle tribune.

Une question cependant : en ces temps de crise économique, pourquoi les législateurs français rivalisent-ils pour en découdre avec un sujet aucunement urgent et totalement marginal ? La raison essentielle est que la France a aimé la loi anti-foulard en mars 2004. Donc nos députés ont des raisons de croire que la France va adorer la loi anti-burqa.

Les sociologues expliquent que l'islamophobie ignore les clivages idéologiques entre gauche et droite. Au moment où la France a mal à son « identité nationale », M. Gérin a rallié des députés de tous bords. Pour ces hommes politiques qui se mêlent du fait religieux, il s'agit de « libérer la femme de la prison de la burqa » et d'assurer la sécurité de l'Etat.

Aucun de ces arguments ne résiste à l'analyse. Mais l'on sait que la « nouvelle islamophobie » ne s'attaque jamais à l'islam de front. Elle procède par des glissements sémantiques ou des projections comparatifs qui mettent en scène le fait musulman dans une atmosphère propre à le dénigrer, dans un rôle propre à le pervertir.

Des lois pour « libérer » le citoyen musulman

Depuis mars 2004, l'école publique est fermée aux filles portant un hijab. Elles arrivent le matin au portail du lycée puis retirent leur foulard pour l'enrouler comme une gifle avant de le ranger dans leur cartable. Un voile d'humiliation et de colère au milieu de livres qui parlent de République et de liberté.

Les filles qui peuvent se payer une école privée échappent à cette persécution quotidienne. La loi anti-foulard a dopé l'école privée islamique. Elle n'a rien apporté à l'école publique. Mais les islamophobes ont marqué un essai. Avec la loi anti-burqa, ils veulent le conclure. Et la partie n'est pas finie, car la burqa n'est certainement pas la dernière cible.

Nous aurons bientôt une loi anti-ramadan ! Elle permettra à l'Etat de rappeler la laïcité de l'école publique face à la recrudescence du nombre d'élèves observant le jeûne rituel musulman. Ce sera une question de santé publique, une question de sécurité alimentaire pour nos élèves qui, faut-il le rappeler, sont encore des mineurs.

Ensuite il y aura la loi anti-prénom ! Elle précisera et élargira l'expression de la neutralité de l'Etat et de ses représentants. Les prénoms comme Jihad, Muhammad, Abdallah, Ramatoullah, Fatiha, Islam, etc., seront interdits à tout agent de l'Etat, dans l'exercice de ses fonctions, en raison de leur signifiants religieux ostentatoires.

Ensuite une loi anti-hajj ! Plus tard une loi anti-zakat !, etc. Après tout, le but est noble. Puisqu'il s'agira, à chaque fois, de restituer sa liberté au citoyen musulman. Il s'agira de le débarrasser du fatras de règles moyenâgeuses auxquelles il est contraint pour être bon musulman. « Libérez le musulman », tel est aujourd'hui le cri de quelques députés français.

La musulmane qui porte le niqab ne répond pas à une injonction coranique. C'est chose admise. La chrétienne qui se retire dans un monastère ne répond pas à une injonction biblique. C'est évident. Mais l'une et l'autre agissent selon leur conscience, un droit protégé par la Constitution, même si elles choisissent de regarder la société à travers une lorgnette.

Parce qu'il s'agit de musulmans, une minorité mal représentée et sans défense, les islamophobes se montrent machiavéliques. Comme durant l'occupation allemande, ils bradent leurs principes républicains et adoptent des lois d'exception pour « protéger la patrie » ! Et ils distillent cette idéologie à coup de gros mensonges.

Les deux gros mensonges anti-burqa

En prônant la loi anti-burqa, les députés ambitionnent de libérer la femme musulmane : c'est un contre-sens trivial ! Car ces gens qui veulent « libérer la femme » veulent en même temps lui imposer son style vestimentaire. La contradiction est évidente mais elle semble acceptée, ce qui est classique : plus un mensonge est gros, moins il est discuté.

Ces députés néo-féministes, arc-boutés à leurs postes, siègent dans un Parlement à 80 % masculin. Des hommes qui cumulent et enchaînent des mandats depuis des décennies. S'ils se préoccupaient de la « liberté de la femme », il y a bien longtemps qu'ils auraient laissé leurs sièges à des femmes, souvent leur suppléante ! Mais vous n'y pensez pas !

Une loi anti-burqa pour « libérer la femme » repose sur le préjugé de la musulmane soumise à son homme comme une catin à son souteneur. Appliqué au cas français, ce fantasme est pure misogynie. Mais il habite le discours irresponsable et vulgaire de banlieusardes soumises à la pensée dominante et dont le putanat politique est désormais consommée.

Certains régimes ont des coutumes contraires à la libre expression des femmes. Ce n'est pas un secret. Or la France républicaine leur vend des armes. Elle installe des bases militaires dans leurs déserts pour veiller leurs cités où burqa et niqab tiennent le haut du pavé ! Nos députés se tiennent coi. Auraient-ils donc la « liberté de la femme » sélective ?

Ainsi, l'idée de « libérer la femme de la prison de la burqa » par une loi est une imposture parlementaire. Elle vise un groupe de citoyens en raison de leurs convictions religieuses. Elle repose sur un fantasme implicite devenu inavouable, un mensonge donc. C'est le premier gros mensonge sur la loi anti-burqa. Le deuxième mensonge concerne la sécurité !

La burqa n'a jamais troublé l'ordre public en France. Le niqab n'a jamais attenté à la sureté de l'Etat. Et pourtant, les anti-burqa accusent la burqa de menacer l'ordre public. « On ne voit pas le visage donc il y a un problème de sécurité. » Il serait peine perdue de relever l'ineptie que cache cette réflexion superficielle.

Et d'ailleurs, pourquoi la France serait-il le seul pays d'Europe à subir une telle menace ? Notre sécurité nationale serait-elle si fragile pour que nous soyons le seul pays de l'Union à mobiliser ses parlementaires sur un phénomène qui est plutôt général ? Cet argument sécuritaire est infondé. Mais comme d'habitude, il installe un climat de peur.

Une bonne raison d'avoir peur

Se cacher le visage pour sortir dans la rue n'est pas une tradition française, sinon les jours de carnavals. Le niqab et la burqa peuvent donc choquer en France. En revanche, aborder un phénomène social, à caractère religieux, à coup de mensonges idéologiques et de stratagèmes parlementaires est encore plus choquant pour la conscience citoyenne.

Indéniablement, le repli communautaire est la conséquence la plus certaine d'une loi anti-burqa. C'est une des leçons de la loi anti-foulard adoptée en 2004. Les « éradicateurs » de l'islam auront leur victoire. Et notre pays verra sa réputation de pays islamophobe confirmée.

L'actualité prouve que les injustices institutionnelles apportent de l'eau au moulin des tendances les plus extrêmes et les plus politiques parmi les mouvements musulmans. En ce sens, la spirale actuelle de lois inutiles visant les citoyens musulmans de France nous donne de vraies raisons d'avoir peur pour les années à venir.
Tag(s) : #Pensées et réflexions...

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