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Les compagnons de l’imam al-Madhi (saw), Les fityan de la caverne.

Une voie universelle : LA FUTUWWA, la chevalerie spirituelle

 

Par Sh. Amanoullah de Vos

 

 

Dans notre lettre précédente nous avions commencé à dévoiler quelques éléments des sciences de l’Imam Mahdi qui nous sont indiquées selon Sheikh Muhhyyî Din (q) dans le chapitre du Coran n° 18 “Al-Kahf” (la Caverne).

Nous avions parlé du grand ‘Arif bi llah, (connaissant)  l'imam Ja’far aç-çâdiq (saw), petit fils de Abou Bakr çiddîq (Rad) par sa mère et petit-fils de Zein al ‘âbidîn (saw) par son père, lui-même, fils de l’imam Hussein (saw). L’imam Ja’far avait donné une image concernant les sciences de l’Imam al-Mahdi (saw) à venir.

 

Il disait que si l’on considérait un alphabet utilisant 72 lettres, seulement deux lettres  représentant l’ensemble des sciences  qui avaient été dévoilé à son époque tandis que l’imam dévoilerait les 70 restantes.

Ceci peut se comprendre plus aisément en pensant à la théorie des cycles cosmiques ou l’Âge de Fer dans lequel nous sommes n’a pas de comparaison avec cet Âge d’Or que va restaurer l’imam (Saheb az-zamân).

Le Nom divin «Mâlik al-Mulk», le possesseur du Royaume au sens de «Roi du Royaume» avait été souligné en rapport avec cette mission de l’imam al-Mahdi (saw). Notre harmonisation avec ce nom pouvant décider de notre relation à l'imam surtout si l’on comprend que notre âme personnelle est aussi notre « Mulk » et que donc maîtriser son âme est «connaître son Seigneur».

Nous avions fait allusion à son expression géométrique comme le triangle ou la montagne sacrée originelle appelée en Inde, Axe du monde, et jabal «Qaf» dans le monde de l’Islam. Son sommet est le point d’où se manifeste l’ensemble des cycles cosmiques.

 

Ce point peut être perçu dans le point sous le  baaa.JPG   Ba de la basmallah mais aussi comme  le point au centre de la lettre NUN.

Ceci nous permet donc de considérer la lettre NUN ن dans sa présentation complète comme une image du Mérou.

Rappelons que dans notre livre «la genèse de la sagesse» nous avions déjà parlé de ces deux parties de la lettre NUN en relation avec l’imam al-Mahdi (saw) pour la partie «terrestre» représentée par le NUN qui est visible dans l’écriture tandis que la partie céleste qui «descendra» est identifiée avec Sayyidina 'Îssa (saw), Jésus dans sa deuxième venue.

Les deux parties du NUN se rejoignant (manifestée dans l’histoire par la rencontre entre l’imam al Mahdi et Sayyidina 'Îssa (saw)) représente le retour de l’Islam à son état originel, le retour à l'Âge d’Or.

Nous avions parlé de la science de “Nuzul”. La science ‘’opérative” des descentes de grâces qui sont données en tant que conscience et pouvoir coordonnés.

Cette descente des grâces ne semble pas demander une ascèse pour la recevoir mais elle demande une grande pureté de l’âme selon le modèle prophétique ce qui ne doit pas être oublié pour éviter un «laisser aller» inapproprié.

 

les conditions de l’espace et du temps ont déjà été dépassées dans le cas de l’ascension nocturne du prophète (saw) ce qui ouvre donc des possibilités pour un homme spécialement mandaté pour transformer le monde.

Rappelons que méditer sur ces versets de «Al-Khaf» (la caverne) c’est suivre l’injonction prophétique nous conseillant d’apprendre les “dix premiers versets de sourate Al-kahf pour nous protéger des épreuves à l’époque du “dajjal “, l’antéchrist.

Celui qui fait cela recevra des inspirations innombrables au point de pouvoir écrire un livre sur chaque verset. 

Le Coran n’est pas un simple texte à comprendre, c'est le support d’une descente dethéophanie «Tajjali»,  une «pluie d'étoiles» dans le cœur, cela bien au-delà de ce que saisit notre mental.

«Fala uqussimu bi mawqi’i nujum » (j'en jure par le coucher des étoiles), Coran 56, 75

Nous sommes en conséquence, obligés de choisir juste un peu de cette pluie qui pourrait remplir des océans, en l’offrant au nom de la gloire de Dieu à ceux qui veulent s’abreuver de ce nectar.

Nous allons reprendre au verset 8, avec un peu de frustration pour tout ce que nous n'aurons pas partagé. «Considères-tu que les compagnons de la Caverne constitue une chose extraordinaire parmi nos Signes ? ». Il s’agit d’une interrogation que Dieu fait à son Messager et par lui à nous même.

En effet, devant le fait qu’il s’agit tout de même de personnes qui sont restées 309 années «comme endormies» dans une caverne et qui se « réveillent » comme après un seul jour, Il y a de quoi s’étonner et trouver cela extraordinaire.

 

Cette interrogation est donc une allusion au fait que ce qui peut sembler «‘ajib» extraordinaire, pour les hommes, n’est rien pour Dieu. En fait cela nous prépare à la suite ; à l’époque de l’imam al-Mahdi (saw), si proche,  dont la condition est encore plus extraordinaire.

Le Coran nous donne beaucoup d’exemples extraordinaires comme la longévité de Noé par exemple, qui atteint les «mille années moins cinquante ». Ce point devient important si l'on sait que concernant l’imam al-Mahdi (saw), tous les musulmans sunnites et chiites croient en sa venue en suivant la centaine de hadiths du coté sunnite et plusieurs centaines du côté shiite.

Une discussion néanmoins s'est élevée entre différents groupes de savants pour définir si cet Imam annoncé dans les hadiths est : soit un homme que Dieu va susciter le moment venu ou soit le fils de Hassan al ‘Askari (saw),  ce dernier étant le 5e petit fils de l'imam Ja’far aç-çâdiq (saw) dont nous avons déjà parlé.

Dans ce cas, il serait entré en occultation et serait vivant depuis environ 1300 ans.

Le groupe des savants  qui croit que les hadiths donnent des indications pour l'Imam Mahdi (saw) soit bien le fils de l’Imam Hassan al ‘Askari (saw), développe le fait que la science elle-même n’interdit pas «techniquement » une telle longévité même si cela est plus que rare. Ce groupe démontre que les conditions de l’espace et du temps ont déjà été dépassées dans le cas de l’ascension nocturne du prophète (saw) ce qui ouvre donc des possibilités pour un homme spécialement mandaté pour transformer le monde.

Nous n’allons pas ici prendre une position qui alimenterait la polémique, néanmoins comme tous ceux qui se sentent concernés par ce sujet,  nous avons posé la question à notre Murchid et Mujtahid Mawlan Sheikh Nazim et nous pensons que chacun devrait ainsi interroger les hommes de Dieu sur ce sujet.

 

Continuons de recevoir notre nourriture du Coran avec le verset 9.

« Quand les « fityatu », les jeunes héros chevaliers, se réfugièrent dans la caverne, ils dirent : Notre Seigneur accorde nous une Miséricorde venant de Toi et dispose de notre affaire selon la droiture ».

Remarquons ici plusieurs mots clés :

Dieu appelle ces «compagnons» de la caverne ici « Fityatu » qui désigne ceux qui sont sur le chemin de la « futuwwa » terme qui inclut, la noblesse, la générosité, la fidélité au pacte, la vertu le courage, la jeunesse éternelle.

Cette expression est mentionnée une dizaine de fois dans le Coran et beaucoup plus dans les hadiths. Ceux qui la pratiquent sont les «fityan» les «héros chevaliers ». Cette expression est confirmée par leur demande de « droiture » « rashad » dans le même ayat. Cette noble quête de la connaissance caractérisant les «Fityan» est universelle et de toutes les époques, elle représente la voie universelle dont l’expression islamique est ici clairement formulée.

 

Nous devons insister ici  sur la présence de cette voie : la Futuwwa,  car nous affirmons (avec beaucoup de connaissant de cette époque), qu’elle constitue la nouvelle forme d’engagement spirituel à notre époque, selon un modèle que nous développerons et qui justifie tout ce que nous écrivons ici. 

 

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Comprendre l’esprit de cette voie devient fondamentale à un moment où les confréries ne peuvent plus assumer la fonction de formation en écoles comme auparavant et encore moins conduire à la Connaissance.

(Voir la déclaration de mawlana Sheikh Nazim «Soyons rabbaniyyîn » que nous avons développée dans la lettre n° 1) -voir site - 

Le Sheikh Najm din Kubra (dont le pacte initiatique  est inclus dans la transmission naqshbandi) en commentant ce passage du Coran dit : « Si dieu les a nommés Fitya c’est parcequ’ils ont cru en LUI par la voie de la réalisation (Tahqiq) et non par l'imitation (taqlid) et c’est à Allah qu’ils ont demandé la droite guidance » (Haqqi, Ruh p. 468).

 

Il s’agit d’agir En Allah, Par Allah ce qui rejoint l’expression «Nâçir al Haqq bi-l-Haqq » de la prière « al fatihi ».

Ceci étant dit pour précisément dénoncer le ridicule et l’imposture du « taqlid », cette « imitation plastique » selon l’expression de Mawlana Sheikh Nazim  qui s’en moque souvent.

Sheikh al Alawi (q) déjà, dans son live «les substances célestes» (voir édition Entrelacs) commentant des aphorismes de Sidi Abu Madyan (q) parlait du danger de fréquenter un soufi ignorant.  Citant le hadith : «Le pire des châtiments le jour de la résurrection sera infligé à celui que les gens estimaient alors qu‘il n’avait rien de bon en lui » (Hindi, Kanz)

Il dit que cela «vise le prétendu «Sheikh» qui n’a reçu de la communauté élue (qawn) que le rite du rattachement, l’utilisation du rosaire, la canne et le port du turban.» (p128)

«La fréquentation d'un soufi ignorant est également nuisible, et même plus nuisible que celle du savant insouciant… ».

Plus loin il insiste  parlant de l’apparition

«d'imposteurs religieux » : «ce sont les pires des imposteurs car ils convainquent les gens en se servant de la religion et arrivent à tromper les plus faibles d’entre eux. Ce sont eux les menteurs, ceux qui cherchent à s’approprier les biens de ce monde en utilisant la religion ; ils rafistolent leur vie matérielle à l'aide de morceau de la vie religieuse et finalement tout finit par disparaître… » p132.

La voie de la Futuwwa  tout au contraire nous appelle à la réalisation des vertus nobles ce qui est le remède contre ces attitudes hypocrites.

 

Sheikh Muhyyî din (q) quant à lui dit que : «le Fata est par excellence celui qui entreprend les conquêtes (sahib al Futuh)  - Fut. IV p.357. Il s’agit des conquêtes dans la grande guerre sainte, celle contre les formes si multiples de l’ego puis de se revêtir des vertus nobles tracent en l’homme noble des Nom divins.

Ce chemin conduit à la « Sekina », la Grande Présence de la Paix toujours en accord avec la Victoire.

Identifiant clairement les Fitya de la caverne avec les compagnons du Mahdi (saw) (voir chap. 366 des Futuhat), Sheikh Muhhyyî din (q) nous rappelle encore en suivant les données coraniques que le père fondateur de la Futuwwa  est sayyidina Ibrahim (saw) : « Abu-l-Fityan », celui qui dans son jihad  brisa les idoles et nous apprit l’hospitalité. Un verset indique : «Nous avons autrefois donné à Abraham, que nous connaissons bien, sa droiture - Coran 21,51.

Sheikh Muhhyyî din, dans les Futuhat,  reprend précisément cet ayat pour expliquer le nom divin Ar-Rashid.

Le Sheikh dans le même esprit appelle le Prophète (saw) "khayru-l-Fata"  et en tant que «Sayyid al Murssalin », Fata al Fityan. -Fut. IV, p 140.

Dans un  Hadith le Prophète a dit :

« Je suis Fata fils de Fata (allusion à sayyidina Ibrahim nommé ainsi ,Chap. 21 du Coran) frère du Fata (allusion à l’imam 'Ali (saw)) ».

Nous ajoutons avec fierté qu’il est aussi «Jaddu-l-Fata », le grand père du célèbre et magnifique Fata,  l’imam Hussein (sur eux toutes les grâces et la paix).

Nous connaissons tous encore le fameux hadith « La fata illa ‘Ali (saw) » qui rappelle cette fraternité de l’imam, dans la même lumière originelle (voir Sirat, Ibn Hicham).

Le Fata comme il se doit est pour Sheikh al akbar, par excellence l’homme libre (Hurr) (Fut. II p.105) celui qui s’affranchit de l’esclavage de son époque.

 On commence à voir se dessiner en quoi ces  «fitya» représentent «les chevaliers de l’mam al-Mahdi (saw) », ses compagnons véritables.

Cette voie est aussi celle de la discrétion et de l’abnégation, aspect très féminin de la futuwwa qui permet d’introduire ici le fait que les femmes ont accès à toutes les stations de la sainteté,  y compris le degrés des êtres de la virilité spirituelle et même celui de pôle -Fut. Chap. 324. Le Sheikh parle à ce propos du Nom divin Al-latîf (le subtil) qui agit précisément de façon cachée  -Fut. II p. 467- et il insiste sur la puissance féminine en disant « il n'y a aucune créature dans le monde créé qui soit plus forte que la femme ».

La très noble et très pure Fatima al-kobra (saw) est l’exemple même de la futuwwa par son abnégation, sa fidélité au pacte et sa pureté, nous espérons consacrer une lettre entière à son sujet.

Les Chevaliers ne sont-ils pas dans une quête vers la «vierge khalifa», «al-‘adra al khalifa » -Fut. I p. 5-, ainsi que Sheilh al Akbar appelle «la ka’abat al hasna » (la sublime Ka’ba) nommée encore la tendre Houri -Fut. I, p. 7-.

Toutes les difficultés et épreuves que va rencontrer le chevalier sont considérées comme la dot à payer afin de réaliser l’Union « al wissâl avec la ka’aba », nous enseigne sheikh al Akbar (q). Il précise l’union avec Elle, a des conditions mentionnées dans le livre écrit « al Kitâb al-mastûr » sur le « Parchemin déployé » (al-riqq al-manshûr) tout comme « la hasna’ » (la belle dame) qui exige une dot.

 

Sheikh al akbar (q), déclare l’avoir vu comme « la belle dame sans merci » (comme celle des troubadours). La quête conduit donc al-Fatâ à la Ka’aba, siège de la Présence et le Fatâ transmet à son tour la science qu‘il en reçoit. Ceci correspond à l’expérience du Sheikh al akabar et de cela va témoigner son livre inspiré : les futuhat al Makkiya.

Quant aux Fityan, rappelons encore que Sultân al awliya Sheikh 'Abdallah al Fa’iz

ad-Daghestan (q), a reçu directement du prophète (saw) des noms qui caractérisent ces compagnons fityan d’une façon très subtile en tant qu‘ils peuvent être 5, 7 ou 9 ainsi q’il est dit (dans le hadith) pour le nombre des gens de la caverne. Nous reviendrons peut être sûr cet immense trésor, s’il nous est permis d’en dévoiler quelques secrets.  

 

Au centre de la «dâira», «tawiz» transmis par Sheikh Abdallah qui les mentionne selon un compte de 7 ou 9 possibles, est écrit : ALLAH HAQQ (Dieu est la Vérité Réelle)

Symbole du centre suprême identifié aussi au Mérou, le centre spirituel ultime.

 

Or, ce qui est à remarquer c’est que si selon l’abjad on compte juste les 4 lettres du nom de ALLAH   Alif, (1) lam (30) lam (30) ha (5), le total 66.

Par ailleurs, le total des lettres de HAQ est  HA 8+QAF 100 = 108

Or 108 est aussi le total du nom de Allah  si l’on compte le nom de Allah différemment En  effet selon le Sheikh al Akbar le lam est en fait dans l’écriture un Alif (barre verticale)  suivit d’un NUN  (partie circulaire).

Dans ce dernier cas, nous avons Alif (1) +Alif (1) plus NUN (50) +alif (1) + NUN (50) +HA (5) ce qui fait  un total de 108. (Voir sur ce sujet le traité de Michel Valsan, Skeikh Moustapha sur les lettres isolées dans le Coran dont l’Imam fera un usage clé selon la tradition).

Cette indication du Haqq inclut dans le Nom Allah selon cette perception est une indication forte nous disant : Al Haqq bi l-Haqq, le Réel ou le Vrai se connait par le Réel, le Vrai. Or ceci caractérise les fitya, les compagnons de l’Imam.

Notons encore que le Sheikh al akbar (q) dit que les «ahl Haqq» sont ceux qui  regardent le NUN «al Naziran fil Nun» car le NUN est «le maître de la Futuwwa » -Fut. II, p.173).

 

Quant à la vertu suprême du Fata c’est la générosité. Dans un hadith il est dit :

«après la générosité du plus Généreux des généreux (Dieu) vient celle du plus noble des enfants d’Adam, (le Prophète). En troisième est la générosité de l’Homme qui reçoit une science et la transmet. Il sera ressuscité comme une Oumma à part entière. Ensuite vient la générosité de celui qui offre sa vie sur la voie d’Allah».

N’est-ce donc pas d’actualité, de faire circuler ces sciences même si cela nous demande un effort de compréhension et une ascèse de pureté pour en retenir le madad, le flux spirituel ?

La deuxième vertu du Fata est-elle même connectée à la générosité, c’est la capacité de louanger, al Hamd, ce qui inclut, reconnaissance et remerciement.

Dans un hadith il est  dit «Toute chose qui ne commence pas par «al hamd» est voué à l’échec» (ibn Maja, sunnan I,  p. 610).

Notons que le Coran commence par «al hamd et que ce chapitre de la caverne aussi en particulier.

Nous pouvons déjà commencer à pressentir que cette transparence et cette pureté nécessaire pour être Présent devant Dieu, comme cet acte de louange qui en garantit la permanence est en relation avec la retraite spirituelle pour une nouvelle naissance, ce que représente bien la caverne. Bien évidemment cette caverne est aussi en coordination avec le cœur et celui-ci  comporte aussi son «gardien»  comme  le «Raquim» des gens de la caverne. Néanmoins, il y a des lois précises et délicates pour visiter les profondeurs du cœur et c’est pourquoi nous avons besoin de supports effectifs.

 

Celui qui dit : «je peux me retirer dans mon cœur, il me suffit comme «retraite». Nous pouvons lui demander «combien de temps» restes tu dans le silence du cœur ? Est-ce vraiment un silence, est-ce l’extase des gens de la caverne qui dure 309 ans ? N’avons-nous pas besoin de comprendre et de vivre ce modèle coranique donné pour notre orientation essentielle ?

Le verset II  du chapitre de la caverne va nous ouvrir un nouveau champ de conscience à ce sujet. «Nous avons frappé leurs oreilles dans la caverne pour de nombreuses années». Que signifie cette expression « fadharabna ‘ala uzhunihim » (frapper leurs oreilles) ?

Quel est cet acte qui va les faire rester 309 années sans vieillir dans ce lieu ? Peut-on se suffire de parler d’endormissement simple comme trop de commentateurs l’expriment ?

 

Ne sommes-nous pas en train de méditer sur un fait extraordinaire pour nous, mais normal par Dieu ? Il nous dit : «crois-tu que le cas des gens de la caverne et de Raquim soit un de nos signes si extraordinaire ?». Il s’agit de voir les deux aspects : d’un côté pour le commun des gens cela est extraordinaire,  surtout à notre époque (l’Âge de Fer),  mais du point de vue des gens de Dieu (dans l’Âge d’Or) c’est un phénomène connu. Cette action divine de « frapper les oreilles » pour ceux qui en font l’expérience, caractérise bien les débuts des états extatiques, qui suspendent la respiration et le cœur, lui-même, comme une sorte d’hibernation, qui suit un procédé techniquement très précis et bien connu de ceux qui le pratique. Nous en avons l’exemple près de nous de Sheikh Abdallah Daghestani (q) qui couramment pouvait rester comme mort, sans pouls, sans battements de cœur, pendant des semaines, puis revenait à lui comme si de rien n’était et frappait le plancher pour demander du thé. L’un de nos amis toujours vivant, Sheikh Nour Mohammad de l’Inde est ainsi resté 92 jours dans une tombe scellée, sans manger sans boire, sans respirer, ainsi que l’ont constaté des milliers de personnes, puis est sorti tout à fait normal, ceci quelques années auparavant.Il y a des degrés et des étapes, mais les premières phases, celles de l'extase sont tout à fait normales dans le chemin.

Sheikh al 'Alawi (q) ne dit-il pas dans ses poèmes «fal wajdu bihim da’i yad’uhum yat’a alayhim fi dhikri llahi » « l’extase pour eux (les fata) est un appel qui surgit dans le dhikr » et il poursuit « fa-in lam yajid fal yatawajad qasqan yata’ad li fadl-l-ulahi » «Et si tu ne trouves pas l’extase mets-toi en condition de le trouver car notre but (qasdan) c’est de nous prédisposer à la grâce divine».

Le but de la voie est donc bien clairement exprimer en relation avec cette étape extatique nécessaire même si elle n’est pas la fin du chemin.Je me souviens que lors de ma première rencontre avecSheikh Nazim il y a 25 ans, je pensais exactement à ces deux vers,et je lui ai donc demandé si dans la confrérie naqsbandi on réalisait aussi des extases,  il m’a répondu, « bien évidemment ! »Plus tard il me donna le conseil suivant qui influença fondamentalement mon orientation : «dit aux gens qu‘il n’y a que deux catégories, ceux qui réalisent le Fath et l’extase, et ceux qui restent dans la spéculation ».

Comment se passer de cette immersion dans la grande Présence où nous ne sommes plus rien, où tout est silence et sans référence, ne convient-il pas de réaliser cette grande ablution de l'âme! C’est exactement l’orientation que nous prenons dans la prière avec le «sujud» (la prosternation), l'état d’extinction, de fana.Pourtant il y a un retour afin d’intégrer cet état dans la vie quotidienne.

Par la régularité de ces états extatiques, le voyageur en Dieu finit par se cuire comme une céramique qui supporte le feu divin de l’amour. Cela est en conformité avec le mouvement de la prière canonique, la çalât, qui finit par la « tahiyya », la position assise. C’est pourquoi le Coran indique dans le verset suivant : «Nous les avons ensuite ressuscités, afin de savoir lequel des deux groupes avaient le mieux calculé la durée de leur séjour » - 18,12. Notons déjà que le mot « ressuscités » est très fort et indique bien la notion connue de Baqa’, permanente stabilité, après le Fana, l’extinction. Mais la suite du verset semble plus énigmatique « pour savoir lequel des deux groupes avaient le mieux calculé la durée de leur séjour ».

En quoi savoir celui qui calcule le mieux serait important ? Il est bien évident que Dieu sait déjà la réponse mais les met en situation pour que cette «science apparaisse ». Notons déjà que le verbe « ahssâ » traduit ici par calculer veut dire aussi «recenser» et même intégrer, est la mise en acte d’un Nom divinal Muhssî (Celui qui recense dans les moindre détails).

La suite est magnifiquement instructive pour éclairer cette question. L’un d’entre eux va poser la question sur combien de temps nous sommes restés, un autre répond un jour ou une partie d'un jour et finalement ils arrivent ensemble à la bonne conclusion qui est la réponse : «Raboukum a’lamu bimâ labithu » (Votre Seigneur sait mieux combien de temps ils sont restés ici » -18,19 .Ceci va être confirmé encore plus loin :« Dieu sait parfaitement combien de temps ils sont restés, le secret des cieux et de la terre lui appartient, et c’est par Lui que tu dois voir et entendre » -18,26 -.On ne peut être plus clair ! C'est par Dieu que l'on voit et que l’on entend, c’est Lui le savant ! L’état d’extase les a conduit hors des conditions normales du temps et de l‘espace à la réalisation par laquelle on est En Dieu et par Dieu, assister le Réel par le Réel, Nâçir a-l-Haqq bi l-Haqq.

Ceci est la voie des «fithya», les chevaliers de la vérité soutenu par l’imam nous reconduisant ainsi à l'Âge d’Or, sur la terre comme au ciel, dans le royaume de MALIK AL MOULK.

Que celui qui prétend être sincère, s’engage donc dans la voie des «nobles héros» (les fityan), par les exercices de purification, par les vertus qui les caractérisent, par la prédisposition à l’extase qui est la grande ablution de la contemplation. Ces chevaliers nouveaux auront besoin d'être formés, eux aussi, mais hélas, les maîtres authentiques sont devenus très peu nombreux et souvent se retirent de ce monde. Il y a des critères pour reconnaître ces perles rares qui acceptent par le compagnonnage. Nous ne parlons pas du pseudo compagnonnage d'un club de copains mais de celui qui appelle à une exigence de noblesse, de réalisation véritable "Tahqîq". Si le Maître accepte le disciple, il ne le conduira pas dans une forme nouvelle ou un groupe particulier, mais vers l'Imam de cette époque, celui qui enseigne dans le secret des coeurs, dans la liberté d'être Soi, d'être Vrai. Nous parlerons des critères du Maître véritable et de l'exigence de son compagnonnage dans la NewsLetter n° 4.

 

Sources : http://www.naqshbandi-rabbani.fr/

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