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"Le vrai soufi transforme son cœur la nuit et transforme le monde le jour"   

À travers ces mots, Tariq Ramadan entend couper court à l’imposture historique qui veut que le soufisme ne s’occupe pas des affaires du monde. Lors d’une conférence organisée par l’université Mundiapolis autour du thème «Soufisme originel, soufisme contemporain», l’illustre conférencier, titulaire d’une chaire à Oxford, s’est donné pour objectif de balayer les lieux communs sur cette composante de l’Islam. «Le soufisme ajoute, mais n’enlève pas», argue le petit fils de Hassan El Benna, fondateur des frères musulmans. En effet, le soufisme se fonde sur la pratique de la prière et du jeûne surérogatoires, toujours dans la modération, pour se rapprocher de Dieu et chercher sa proximité. Cet objectif fondamental devient le fil conducteur de l’aspirant soufi. Tariq Ramadan considère que le prophète est le premier soufi, car selon lui, l’attitude soufie a précédé ses cercles. Il a donc fallu codifier la pratique soufie et lui donner un langage propre, tout comme les théologiens ont codifié la charia. Ces codes et ce langage propre n’ont cessé d’ailleurs d’alimenter la polémique : «Je suis le juste», s’exclamait naguère Alhallaj devant une plèbe bagdadienne médusée. Il ne voulait pas dire qu’il était Dieu, mais qu’il était en état de communion avec le divin à travers l’un de ses attributs. 

Normes hypertrophiées

«Il ne parlait pas avec sa raison, mais avec son cœur», défend le conférencier, qui constate les tensions entre norme et spiritualité, avant d’ajouter : «Nous avons hypertrophié la norme. Car, quand nous nous sentons oppressés, nous nous contractons sur la norme. Or, nous perdons le nord, si nous perdons le sens». «La lumière doit être au cœur de la norme islamique», expliquait Ibn Khaldoun et c’est à travers ce truchement que la pratique soufie prend toute sa mesure. Elle offre un rapport autre avec le divin, basé sur l’amour de Dieu plus que sur la crainte de son châtiment. Toutefois, il faut se prémunir des débordements éventuels liés à la pratique de certains cercles soufis : «Vous adorez qui, celui qui mène à Dieu ou Dieu lui-même ?» questionne Tariq Ramadan, qui observe que même Al Farouq, Omar Ibn Al Khattab, a eu cette tentation : «Pendant quelques minutes, l’islam a failli basculer, et nous savons qu’à la mort du prophète, Al Farouq a annoncé sa résurrection, avant que Abou Bakr ne le ramène à la raison. Pour celui qui adorait Mohammed, Mohammed est mort, et pour ceux qui adorent Dieu, Dieu est éternel, s’était-il écrié». De même, si le soufi a besoin de l’encadrement d’un maître, ce dernier doit être au service de ses élèves et ne doit surtout pas être adoré. Le conférencier surenchérit : «L’élève doit garder son autonomie de pensée. Chacun a le droit de parler à Dieu sans intercession, si ce n’est celle émanant de lui» . C’est à ce prix que le cheminement spirituel, aussi bien de l’élève que de son maître, sera prémuni du culte de la personne et que les cercles soufis pourront incarner une vraie force motrice de la société : «Tu te rapprocheras de Dieu, quand tu feras que ce monde soit meilleur», conclut le chantre d’un soufisme épuré de ses voies détournées. 

Source : Quotidien les echos

Tag(s) : #TARIQ RAMADAN

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