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Depuis plusieurs années maintenant, les mosquées de France et de Navarre n’ont cessé de se remplir de ceux que l’on nomme communément les convertis. Qui sont ces femmes, ces hommes qui, un jour, franchissent le seuil d’une mosquée pour proclamer leur foi devant quelques témoins ou plus souvent devant une assemblée de fidèles réunis pour l’événement ?


Tout d’abord, il convient de lever une hypocrisie : celle du nombre. Les chiffres avancés dans les rares études traitant du phénomène de conversion à l’Islam en France parlent de 30000 à 70000 convertis. Il est intéressant de constater que quelque soit l’époque où l’étude paraît, les chiffres restent similaires. Bruno Etienne, dans l’Islam en France, ouvrage paru à la fin des années 80, parlaient déjà d’environ 50000 convertis. Les reportages ou les ouvrages parus récemment ont tendance même à réduire ce chiffre. D’autres ouvrages du début des années 80 évoquent eux aussi ce chiffre de 50000 convertis en France. Disons-le franchement, il n’y aucune statistiques officielles sur le nombre de conversion à l’Islam en France. Pourtant les mosquées des grandes villes de France ont réalisé des efforts sérieux en la matière, notamment en délivrant des certificats de conversion (utiles pour se rendre à la Mecque). D’ailleurs ce chiffre fatidique des 50000 est probablement allègrement dépassé. Nombreux sont les musulmans qui, partout en France, témoignent du dynamisme de leur communauté et du nombre important de français se convertissant tous les vendredis à l’occasion de la prière hebdomadaire.

Ensuite, soyons réaliste : le converti est souvent très loin de se douter des embûches et des expériences difficiles qui le guettent à la sortie de la mosquée de sa première prière. Il ne s’agit pas ici de crier au loup et de dénoncer ou d’accuser mais d’expliquer les difficultés parfois insurmontables auxquelles sont confrontés ces néophytes. La première d’entre elle, souvent celle qui finit par peser le plus sur ses épaules, est celle de l’intégration dans cette nouvelle communauté : du jour au lendemain, souvent sans aucune transition ni préparation, il voit s’ajouter au bouleversement spirituel de sa vie, un bouleversement social voire culturel. La fréquentation de la mosquée est importante pour le converti car elle est en quelque sorte la consécration de sa renaissance spirituelle. Un lien fort et puissant l’unit à ce lieu symbole d’un renouveau. C’est aussi dans cet endroit que le converti fait ses premiers pas de musulman en se familiarisant par exemple, avec des codes qui lui étaient pour l’instant étrangers. Ses nouveaux frères vont souvent faire preuve d’une hospitalité débordante à son égard. Malheureusement, derrière les fastes et l’activité démesurée des premières semaines, se cachent souvent une réalité bien plus complexe : celle d’un homme ou d’une femme pris en étau entre les responsabilités que lui imposent sa décision de franchir le pas de la conversion, et ses racines familiales ou sociales. Un peu comme si du jour au lendemain, l’olivier décidait de devenir pommier. A la démarche spirituelle qui lui a pris plusieurs mois voire plusieurs années, vient tout à coup s’ajouter un cheminement encore plus intime, très personnel, celui du rapport qu’il doit entretenir avec ce que la vie a fait de lui jusqu’à ce moment fatidique de la conversion. Entre la simplicité d’une rupture brutale et la volonté de préserver sa vie d’avant, ce nouveau musulman se rend très vite compte que rien ne va être facile.

Certains choisiront donc délibérément la séparation nette : nouvelle spiritualité rime alors avec nouvelle vie, nouveaux amis ou « frères », nouvelles façons d’être et de se comporter. Ce changement de cap correspond bien souvent à une volonté de tourner le dos à un passé difficile parfois douloureux et a l’énorme avantage de ne pas prêter à ambiguïtés. Olivier devient Abdallah, il se fait circoncire, se marie et a beaucoup d’enfants. Mais ce schéma qui quoique simpliste, correspond bien à une certaine réalité, n’est pas non plus sans conséquence. Bon nombre de mouvements, et pas seulement salafistes ou tabligh, exploitent délibérément ce « filon » des convertis en rupture avec la société qui les a vu naître. Ce moment de fragilité psychologique et sociale extrême, est malheureusement souvent mis à profit pour effectuer un bourrage de crâne en règle et faire de ce nouveau venu dans la communauté « un bon musulman ». L’oiseau blessé est recueilli, soigné à coup de Ryad Salihine ou de conférences interminables puis, une fois guéri, exposé comme un triomphe ou un symbole de la revanche de l’Islam sur l’Occident. Au sortir de ce processus, dans bien des cas, la rupture évoquée plus haut est définitive et la marginalisation extrême. Il n’est pas rare d’ailleurs que certains convertis partent définitivement de France pour chercher en terre d’Islam « une vie meilleure ».

Dans le second cas, celui du converti qui n’est pas décidé à rompre les amarres avec son ancienne vie, le processus est différent mais peut parfois aboutir à la même conclusion. Tour à tour, il lui faut convaincre sa famille, ses amis que sa conversion ne fait pas forcément de lui un candidat au terrorisme. Le chemin peut être long et difficile. Nombreux sont ceux d’ailleurs qui choisissent dans un premier temps de ne rien dire du tout par peur justement de la rupture ou de l’incompréhension des proches. Le petit milieu des convertis français regorge de témoignages de ce type : untel doit se cacher pour faire sa prière, un autre doit inventer tous les stratagèmes imaginables pour ne pas manger de porc à table, un autre encore invente une maladie imaginaire pour ne pas participer aux repas familiaux pendant le Ramadan. Cette dissimulation temporaire, dont l’unique objectif est la préservation du lien sacré avec la famille, est également rarement bien interprétée et comprise chez les musulmans eux-mêmes. Comment peut-on se convertir à l’Islam et ne pas être fier d’appartenir à cette merveilleuse communauté ? Tu dois inviter tes parents à l’Islam, c’est une obligation. Qui parmi les convertis n’a pas entendu une fois au moins ce discours ? Qui ne s’est pas senti tout d’un coup accusé de trahir sa foi sous le prétexte de protéger des « mécréants » ? Celui qui était tant célébré le jour de sa conversion, se voit bientôt accusé de tous les maux : « mauvais musulman », infiltré des RG ou de la DST, hypocrite…..

Bien souvent donc, le converti se retrouve seul face à des choix compliqués à faire et une communauté qui le juge bien vite. Dans les deux cas, le tableau dépeint n’est guère brillant. Dans les années à venir, il y a fort à parier que le phénomène de conversion en France comme partout ailleurs en Europe, se maintiendra et s’accélèrera peut-être. Il est une preuve évidente de la vitalité de l’Islam en Occident. Toutefois, les difficultés du converti à s’intégrer mais également à être accepté en tant que tel sans passer obligatoirement par la case lavage de cerveau ou arabisation, sont trop souvent minimisées. Dans les faits, elles sont symptomatiques de tous les problèmes structurels qui traversent la communauté musulmane dans son ensemble. On peut ainsi évoquer le manque criant d’organisation des lieux de culte qui laisse souvent le champ libre à des récupérations d’ordre sectaire ; également la frilosité des responsables religieux à enfin élaborer et appliquer une jurisprudence prenant en compte les particularités de la présence musulmane en Europe. Le français ou la française dite de souche, après ne serait ce que quelques jours passés dans sa nouvelle communauté, se prend en pleine face cet espèce de Tsunami charriant les tonnes de détritus laissés à l’abandon depuis des années par des responsables qui n’arrivent décidément pas à créer un lien solide avec la société française.
A trop vouloir préserver les intérêts partisans et les privilèges d’une classe de notables, l’Islam de France n’en n’est encore qu’à l’état d’idée et n’a pas effectuer de réelles avancées depuis au moins 10 ans. Le paradoxe du converti décrit ici, qui, aussitôt son entrée dans la communauté réalisée, se trouve confronté à des murs d’incompréhension n’est qu’un épiphénomène de cette sclérose intellectuelle. La volonté de niveler les consciences, le peu de cas fait à la différence, stigmatisée plus que valorisée, sont des signes tangibles qu’une stagnation de la pensée existe au sein du petit monde des musulmans de France ; un petit monde où les choses ne tournent décidément pas rond.

Qu’on se le dise ces quelques lignes ne sont pas là pour décourager qui que ce soit de rejoindre les rangs déjà bien garnis des musulmans de France, mais juste mettre chacun devant ses responsabilités. Toi qui lit ce texte et qui t’interroge peut être sur l’opportunité ou non de te convertir, saches que la recherche de la vérité ne s’arrête pas aux portes de la Mosquée qui t’accueillera, ni aux versets qu’on voudra bien te lire. On pourra te faire croire que maintenant tu n’es plus seul parce que des millions d’hommes et de femmes prient et jeûnent comme toi. Je te conseillerais plutôt de te préparer à la grande solitude, celle que seul celui qui a réussi à s’affranchir des obstacles et des idées reçues de la société qui l’entoure et qui a délibérément choisi de passer de l’autre côté, peut connaître. A toi qui a pu te reconnaître quelque part dans ce texte, sache que bien des gens tenteront de te convaincre de bien des choses, et que dans cette cacophonie permanente, il te sera difficile de reconnaître les gens qui te veulent réellement du bien. Gardes-toi donc de sauter au coup du premier prédicateur éloquent, et comptes parmi les forces qui viendront s’ajouter à ta foi, un esprit critique incisif. Le questionnement a été le moteur de ta démarche ; même s’il est parfois un peu pesant, il doit rester le filtre par lequel tu fais vivre ta foi. Même si tu décides de rompre les liens qui t’unissent à ton ancienne vie, que tu le veuilles ou non, par ton choix, tu fais désormais partie de cette petite communauté de l’entre-deux mondes. Tu en découvriras vite les multiples richesses mais aussi son inconfort et sa rudesse.
A toi musulman, ce texte te renvoie également à tes responsabilités et ton vécu. Tu as peut- être déjà regardé d’un œil amusé ou inquisiteur, les hésitations de ces néophytes qui, en bien des aspects, ont beaucoup à apprendre. Saches que le converti n’est ni plus ni moins bon que toi. Sa foi n’est pas inébranlable et ses faiblesses sont nombreuses. Il n’est pas une preuve ni un étendard encore moins un exemple. Par sa démarche, il t’a simplement démontré que l’esprit était capable de dépasser tout ce qu’une éducation, une culture et une société peut inculquer comme idées reçues. A toi maintenant de relever aussi ce défi et de te mettre au niveau de la complexité que lui et le monde d’où il vient t’imposent.

Nicolas Lalande


source : Test
Tag(s) : #Pensées et réflexions...

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